Fr – Sérénade de Brahms

La « vraie » Première Symphonie de Brahms

Tous les mélomanes sont aujourd’hui familiers des quatre symphonies du grand compositeur allemand. Il n’en fut pas toujours ainsi. Jusqu’au milieu du 20e siècle, sa musique souffrait, singulièrement dans les pays latins, d’une incompréhension assez générale voire d’une hostilité entretenue par les jugements sévères de quelques « célébrités » dont la gloire a, depuis, bien pâli…

Brahms hésita jusqu’à la quarantaine avant d’oser aborder la symphonie. Comme Schubert, il vouait une admiration telle pour les symphonies de Beethoven qu’il différait constamment la composition de ses propres symphonies.

C’est pourtant ainsi que le jeune Brahms faillit intituler la première de ses deux Sérénades écrite à l’âge de 24 ans. S’il avait confirmé son intention, nous disposerions aujourd’hui de cinq ou six symphonies de ce compositeur.

En 1857, la cour de la principauté de Lippe, d’un territoire minuscule mais d’un grand rayonnement culturel, lui offre le poste de professeur de piano. Brahms rejoint donc Detmold, la capitale située à 100 km au sud-ouest de Hanovre, alors qu’il est sous le coup à la fois d’une rupture amoureuse et de la mort tragique de Schumann, l’aîné qui avait reconnu sans réserve le génie de son cadet. Néanmoins, Brahms se sent bien à Detmold. Le Prince entretient un excellent petit orchestre ouvert sur la création contemporaine. C’est sans doute à ces musiciens qu’il destine sa Sérénade en ré majeur écrite pour une formation comprenant une flûte, deux clarinettes, un basson, un cor et un quatuor à cordes, soit un nonette. La création est un succès et, très rapidement, Brahms l’orchestre et en détruit le manuscrit et les parties. L’intention d’en faire une symphonie était donc bien présente ! Son ami, le chef d’orchestre et violoniste Joseph Joachim l’a tout d’abord promue sous l’appellation « Sérénade-Symphonie ». Pour des raisons inconnues, la postérité a gommé le terme « symphonie ». On connaît donc aujourd’hui la « Sérénade en ré majeur pour grand orchestre ».

Plusieurs tentatives de reconstitution de cette œuvre de jeunesse ont été entreprises. Celle de Chris Bex nous a paru la plus intéressante car elle réalise un compromis intéressant entre la version originale supposée pour neuf instruments et l’orchestration réalisée par Brahms laquelle recourt au grand orchestre avec toute la palette des couleurs instrumentales. L’utilisation d’un quintette à cordes et d’un quintette à vent évoque l’orchestre symphonique et sa pâte sonore.

A l’évidence, Brahms avait connaissance des Sérénades de Mozart, du Septuor de Beethoven, de l’Octuor de Schubert et du Nonette de Spohr. Aux quatre mouvements qui forment une symphonie classique, il ajoute un menuet et un scherzo et se conforme ainsi à la structure d’une sérénade.

D’emblée, le cor et la clarinette imposent un caractère pastoral robuste à l’Allegro molto initial. La bonne humeur prédomine voilée par des épisodes mélancoliques typiquement brahmsiens.

Le second mouvement Scherzo, allegro non troppo en ré mineur pourrait évoquer le mystère des murmures nocturnes dans une forêt avec des appels, des interruptions, des feuilles agitées par le vent. Le Trio développe un chant ample d’un rythme bien marqué.

Ensuite, l’Adagio non troppo est sûrement le sommet de l’œuvre. C’est aussi le mouvement le plus ample et le plus chargé d’émotion, en un sens très beethovénien. Le matériau thématique est d’une richesse inouïe. On est dans la transcendance pure.

Le quatrième mouvement se compose de deux menuets en sol majeur et mineur. Certes, les cassations de Haydn sont présentes mais empreintes d’une tristesse vague et lointaine que seul Brahms a su exprimer. C’est un chant qui vient de très loin, de pays froids. Vient ensuite un deuxième Scherzo allegro, très proche du Beethoven de la 8e symphonie.

Le dernier mouvement est un Rondo, allegro en ré majeur, enthousiaste et conquérant, avec des effets lointains de souvenirs oubliés. Mais le ton général est joyeux !

L’œuvre fut créée le 28 mars 1859 à Hambourg et recueillit un énorme succès, ce qui fit écrire à Clara Schumann : « Vous n’auriez pas reconnu les Hambourgeois ».

Concerts de la Sérénade de Brahms
6 avril 2017 : Antwerpen, St-Laurentiuskerk Hoek Markgravelei

7 avril 2017 : Bruxelles, Atelier Marcel Hastir
9 avril 2017 : Etouars, Périgord
26 avril 2017 : Bruxelles, Club Prince Albert
9 juillet 2017 à 16h : Liège, Musée de la vie wallonne
10 juillet 2017 à 12h : Bruxelles, Eglise des Minimes
1er octobre 2017 à 16h : Bruxelles, Eglise Saint Denis
7 octobre 2017 à 20h : Auderghem (Bruxelles), Eglise Sainte Anne, concert au profit de l’association « Les projets d’Eleonore »