Fr – Octuor de Schubert

Après le septuor de Beethoven, l’Heure de Musique ne quittera pas Vienne avec l’Octuor de Schubert pour deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, clarinette, cor et basson au programme dès l’automne 2015.

Cette œuvre magistrale contemporaine des quatuors « Rosamunde » et « La Jeune Fille et la Mort » se signale, dans l’œuvre de Franz Schubert, comme l’opus du dernier bonheur. Schubert livre ici l’un des ultimes grands divertissements de l’épopée classique, rendant ainsi hommage à la tradition viennoise tout en affirmant la singularité de son style. Tout Schubert est là, à l’orée des heures sombres : la grâce, la lumière. Le thème du premier mouvement est emprunté au lied « Der Wanderer ». Cette composition s’inscrit de fait dans un projet plus vaste : celui de concevoir une symphonie aux dimensions beethovéniennes. Peu après, en 1825, Schubert composera sa Symphonie en ut majeur, D.944, dite « Grande Symphonie ».

L’Octuor de Schubert est le modèle même de la partition atypique, n’obéissant à aucun schéma préétabli. Son effectif, sa structure, ses proportions puisent une indéniable origine dans la musique de divertissement (Cassations, Sérénades, Divertimenti…) du XVIIIe siècle. Cependant, son langage à la fois enfantin et grave – derrière lequel le Beethoven du Septuor se profile – est très solidement ancré dans le siècle naissant.

Il va même au-delà, comme souvent chez Schubert ou Beethoven, justement. La longueur (grief souvent fait à son auteur) de cette œuvre est considérable pour une pièce de musique de chambre ! Pourtant, elle ne se confond jamais avec la durée – et la sensation qui en résulte : par la variété de ses climats, la justesse de ton, le naturel contrasté de ses mouvements et de son instrumentation, cette composition unique paraît ne s’écouler qu’en quelques minutes ! Les deux mouvements les plus étonnants sont le deuxième et le sixième. Tandis que celui-ci se termine en boucle, par la reprise de sa solennelle et énigmatique introduction, celui-là construit un monde de modulations ésotériques, extatiques et anxieuses tout droit venues du Quintette pour Clarinette de Mozart.

On retrouvera cette propension au grand portique, cyclique et parfois halluciné, dans deux chefs-d’œuvre tardifs : la Neuvième (Huitième) Symphonie en ut, ainsi que dans le Quintette pour deux violoncelles. Au-delà, c’est le Bruckner du Quintette qui s’annonce, ou le Brahms des Sextuors, voire le Stravinsky de Petrouchka – qui partage avec l’Octuor ce sens de la mosaïque, du « théâtre de poche » et du doute.

La place qu’occupe l’œuvre dans l’itinéraire du compositeur est particulièrement intéressante : 1823 est l’année qui suit l’Inachevée ; trois ans avant la Neuvième. Schubert atteint sa maturité symphonique. C’est aussi l’année de « Die schöne Müllerin » (la Belle Meunière). La réussite de l’ensemble est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une œuvre de commande de la part d’un noble, clarinettiste à ses heures. Schubert aurait pu la traiter comme une simple badinerie. Or, on a compris que c’est bien plus que cela, même si la partition honore ses obligations en offrant à la clarinette maintes occasions de briller. Entre celle-ci et un cor très exposé, au magnifique babil, s’installe le trait d’union parfait d’un basson débonnaire. La formation est complétée par un quatuor à cordes et une contrebasse.

Pour résumer, il est indispensable pour l’amateur de Schubert de connaître l’Octuor, trop rarement joué et pourtant tellement caractéristique du génie viennois. L’allégresse générale fait en effet ressortir des passages d’une troublante mélancolie, voire d’une véritable angoisse. Il faut donc pour cette pièce déployer une grande palette de sentiments.   C’est précisément ce que les musiciens de « l’Heure de Musique » voudraient partager avec vous.


Concerts de l’octuor de Schubert
28 novembre 2015 :
La Louvière, Conservatoire

29 novembre 2015 : Bruxelles, Musique#Kamer
4 décembre 2015 : Sainghin-en-Mélantois
7 avril 2016 : Antwerpen, St-Laurentiuskerk Hoek Markgravelei

8 avril 2016 : Bruxelles, Atelier Marcel Hastir
20 novembre 2016 : Bruxelles, ULB
10 décembre 2016 : Bruxelles
11 décembre 2016 : Liège, Musée de la vie wallonne
16 décembre 2016 : Bruxelles, Chapelle de Boendal